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Croisière jaune, Zolma

Croisière jaune, ZolmaCela faisait un petit moment que je tournais autour des polars Jigal, en cherchant la porte d’entrée.  Ils ont un côté frondeur assez séduisant, mais je les soupçonnais, à l’instar de leurs couvertures vitaminées, de manquer un peu de nuance, voire de pécher par excès de vitalité et de couleur locale. Et puis la quatrième de couverture de ce roman-ci m’a cligné de l’œil, j’ai décidé d’envoyer mes varices au diable, et sans plus de suspense je le reconnais: j’ai fort bien fait.

Ça commence dans une veine ultra-classique: le privé désenchanté qui attend le client dans son bureau vide, et qui accepte une affaire banale susceptible de le remettre à flots – en l’occurrence, une bourgeoise qui soupçonne son mari d’adultère. Bien sûr, l’affaire entraînera notre détective loin de ses bases  parisiennes et du boulot pépère qui lui était demandé. Bien sûr, tout n’est qu’une vaste manipulation. Sinon, ce ne serait pas un polar, et tout est bien comme ça.

Les enquêtes de privés valent, c’est bien connu, pour les privés eux-même. Ces grands gaillards désenchantés qui luttent quasiment malgré eux contre la corruption politique et sociale, qui ont des histoires d’amour forcément condamnées, que l’alcool aide à mener leur enquête à bien, qui savent envoyer des vannes et ne pas se prendre au sérieux. Zolma en reprend tous les codes, et les adapte à sa sauce.  Son privé est une femme, une femme jeune et jolie, qui a ses règles mais dont on ne saura jamais si elle est blonde ou châtain, qui aime boire mais ne se bourre pas la gueule, et qui a gardé, de son passé de trotskiste désillusionnée, quelques casseroles et un gros manque de confiance envers les autorités.

Montauban en hiver n’est pas aussi tranquille que l’on pourrait s’y attendre, Lily Verdine a vite fait de s’y retrouver dans les embrouilles jusqu’au cou. Entre les vieilles traditions des renseignements généraux et les ô combien merveilleuses nouvelles technologie de flicage, la police est bien décidée à lui pourrir la vie. Et les ordures qu’elle trouve sur son chemin, plus méchantes que prévu, ont la gâchette facile. Difficile dans ses conditions d’être amoureuse en paix d’un meurtrier, et d’essayer de sauver sa peau, ne serait-ce que de la prison.

Si Croisière jaune ne révolutionne pas le genre, c’est néanmoins un très bon polar. Une de ceux qui font encore réfléchir quand on les a refermés, tout comme je les aime. Et Lily est un personnage que je retrouverait avec plaisir. Mon libraire m’a dit qu’il existait une suite, Mistral cinglant, pas encore rééditée par Jigal. Totalement provençale, celle-là. Forcément, vu le titre. A suivre, donc.

Quant à Jigal, la maison édite à présent ses propres poches. Une bonne nouvelle pour les pauvres.