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Walking Dead, Kirkman, Moore & Adlard

tome 1 (Passé décomposé), tome 2 (Cette vie derrière nous)

Walking Dead t1 (Passé décomposé), Kirkman, Moore & AdlardUn flic (ça a son importance) de petite ville tombe dans le coma. Quand il se réveille, ô surprise, les morts ont arrêté de mourir. Ils continuent à marcher, en état de décomposition de plus en plus avancée, et ils se nourrissent… des vivants qui restent. Aïe. Rick part pour Atlanta, en espérant y retrouver sa femme et son fils, s’ils ont suivi les conseils des autorités et se sont réfugiés dans une grande ville.  Évidemment, en ville, il trouve surtout des zombies. En fait, il ne trouve que des zombies. Et au moment où ça commence à vraiment sentir la chair putréfiée, j’adore les comics, il est sauvé in extrémis par un p’tit gars qui le ramène au campement que quelques retardataires qui n’ont pas pu entrer en ville, les veinards, ont dressé à la sortie de la ville. Et au camp, parmi la douzaine de personnes rescapées, se trouvent, j’adooore les comics, sa femme et son fils.

Voilà. Et maintenant, faut survivre.

J’ai l’air un peu ironique, comme ça. Bon, disons qu’il me semble que Kirkman aurait pu prendre la lectrice un chouïa moins pour une bille. Coma 1 – Amnésie 0. C’était l’un ou l’autre, cette fois c’est le coma qui a gagné. Tu me diras, parfois certains auteurs encore plus lourds (ou particulièrement indécis) utilisent les deux à la fois. Car l’astuce a beau être usée, elle est quand même pleine d’avantages: elle te permet de démarrer sur les chapeaux de roue, parce qu’en général, quand le héros ne sait pas où il va, il a tendance à sauter à pieds joints dans la bouillabaisse; elle t’économise de longues et pénibles scènes d’exposition; et elle ne fige pas les développements ultérieurs possibles – et ça quand, tu es un auteur lancé dans un feuilleton qui te mènera tu ne sais où, mais loin et pas tout de suite, eh bien ça compte sacrément. Même si l’astuce en question, c’est une ficelle de feignant.

Mais bref.

Passons sur les invraisemblances et les facilités. J’ai d’autant moins de mal à suspendre mon incrédulité que, pétocharde comme je suis, j’ose à peine tourner les pages de peur de tomber sur un zombie. Or, des pages avec des personnages vivants et en un seul morceau, il n’y en a pas beaucoup. Dans ce cas, pourquoi t’obstines-tu à lire une bédé d’horreur, me demanderas-tu, curieux? Eh bien, pour toutes ces bonnes raisons que Kirkman, qui a de l’ambition, expose dans la postface:

Pour moi, les meilleurs films de zombie ne sont pas les plus gores et les plus violents, ou ceux joués par des personnages abrutis et caricaturaux. Les bons films de zombie nous révèlent à quel point nous pouvons être déséquilibrés… ainsi que la situation de détresse dans laquelle se trouve notre société aujourd’hui. Bien sûr, ils amènent également leur dose de gore, de violence et de pas mal d’autres choses fun… Mais il y a toujours en arrière plan cette critique sociale.

(…) Les films qui nous questionnent sur les origines mêmes de notre société sont mes préférés. Et dans les BONS films de zombies, ce sont ces thématiques qu’on vous sert par wagons entiers.

Et donc, Kirkman veut faire un BON film-de-zombies. Sous forme de bédé, mais c’est un détail. Et moi, je veux lire un BON film-de-zombies, avec des trains entiers de critique sociale et plein d’autres trucs aussi – sauf que moi, je ne trouve pas ça fun, mais c’est un détail: les mauvais genres, ça se mérite.

Walking Dead (t2 - Cette vie derrière nous), Kirkman & AdlardEt alors? alors? ces trains, ces convois, c’tte critique féroce, c’tte lucidité implacable, ce glaviot dans la face?

Ben, pas tant qu’ça. Je passe sur les incohérences psychologiques des personnages, qui passent leur temps à contredire ce qu’ils ont exprimé trois pages plus tôt: on va dire qu’ils sont stressés, qu’ils ne sont pas monolithiques, on va leur trouver des excuses. C’est d’ailleurs en partie ce que Kirkman veut montrer, je pense: que la situation révèle à la fois ce qu’il y a de pire et de meilleur en chacun, simultanément. Et si tous ces personnages avaient un peu plus d’épaisseur, ça marcherait probablement, mais là, ça tombe un peu à plat.

Sur le reste… ça me gêne un brin que la plupart de ces rescapés, ils soient wasp bon teint. Parce que si j’ai bien compris, statistiquement, c’est peu probable. Ça me gêne que le héros soit flic – représentant de l’ordre avant et encore après ce genre de catastrophe, c’est de mauvais augure pour le futur. Ça me gêne que tout repose uniquement sur lui. Et qu’on apprenne aux tout petits mômes à se servir d’une arme. Même quand leur mère n’est pas d’accord. Et la place des femmes dans tout ça, aussi, elle me gêne. Il y a une très belle planche sur les femmes qui préfèrent aller faire la lessive pendant que les hommes s’entrainent au tir, pour les bonnes raisons que l’on sait (à savoir qu’ils ne savent pas, et donc qu’il vaut mieux qu’ils ne fassent pas). A mon avis, l’auteur a reçu des cercueils dans sa boîte-à-lettres. Du coup, il a décidé que l’une des femmes (la plus jeune et la plus sexy) serait la « tireuse d’élite » du groupe. Sauf qu’il n’en fait rien. Mais alors, strictement rien. Franchement, pour faire ça, il aurait mieux fait de lui offrir une machine à laver.

Pourtant la situation globale, forcément, oblige à la réflexion: qu’est-ce qu’on garde du monde d’avant (à commencer par l’espoir d’y revenir)? quelles sont les nouvelles priorités? comment on s’organise? on va jusqu’où?

Les pistes sont lancées. Pour l’instant, il y a un petit wagonnet de questions existentielles, pas très palpitant. A voir, donc, ce que Kirkman fait de cette série qui, il le promet, va durer très longtemps.

Voilà.

Et les dessins, même si c’est mesquin de finir comme ça, je n’en parle pas parce qu’ils sont moches.