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Cosa fácil, Paco Ignacio Taïbo II

La fille à la queue de cheval est loin en Europe et envoie des lettres pas faciles à ouvrir. Sa mère vient de mourir. Est-ce pour ces mauvaises raisons que Belascoarán Shayne, détective indépendant (et non privé) à Mexico accepte trois enquêtes à mener de front?

Le voilà qui se retrouve à punaiser, au-dessus de son bureau, les photos de Zapata (peut-être encore vivant), d’une très jeune fille (un bras dans le plâtre), et d’un cadavre d’ingénieur (assassiné à la veille d’une grève). Trois photos, trois mystères. De la sortie des cinémas à la sortie des écoles à la sortie des usines, Hector erre, à son habitude, dans Mexico, tant aimée, tant détestée. La nuit, il veille, surveille, se bat, avec en bruit de fond la voix d’El Cuervo, l’animateur radio ami des noctambules et des laissés-pour-compte. Le jour, il mêle à ses enquêtes ses histoires de famille, cet héritage encombrant.

Le voilà, tombant de sommeil et n’ayant pas le temps de dormir, à sauter d’une énigme à l’autre, et à les résoudre avec un peu de chance, beaucoup de sodas, et surtout une obstination hallucinante.

Quant à la fin, au dénouement du dénouement, qu’en dire sans rien en trahir? qu’en dire sinon qu’elle est à la hauteur de son mythique enjeu?

Une enquête de Belascoarán Shayne moins noire, plus intimiste peut-être, que ce à quoi je suis habituée. Avec toujours cette errance dans la ville qui est, peut-être, l’une des marques distinctives des histoires de détectives, qu’ils soient privés ou indépendants. Et cette réflexion sur les nécessaires luttes syndicales et sociales qui prend, ici, l’allure d’une tentative de rédemption: pour Hector, lui-même ex-ingénieur, trouver l’assassin de l’ingénieur n’est pas faire oeuvre de justice, mais choisir son camp, en innocentant les ouvriers grévistes commodément accusés. Bref, passer de l’autre côté de la barrière.

Un extrait? Un extrait.

— Qu’est-ce que vous faites?

— Rien, je vérifie seulement si un nouvel orage du genre de celui d’avant-hier est susceptible de faire péter les canalisations de la zone nord-ouest et d’inonder d’urine les habitants de Lindavista.

— Putain de merde ! Cette ville est vraiment magique. Il s’y passe des saloperies incroyables…

— Du temps où vous étiez ingénieur, mon cher collègue, vous n’auriez pas utilisé ce genre d’expressions, lui dit El Gallo.

— Magique, c’est pourtant bien le mot, répondit Hector.

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