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Malet, Nicolas Juncker

Malet, Nicolas JunckerEnthousiasmée par le Journal d’un cadet de Juncker (je promets une note de lecture, bien en retard, dans quelques jours), j’ai pris à la bibliothèque cette bédé de l’auteur sans trop savoir à quoi m’attendre, les couvertures, la première comme la quatrième, étant plutôt énigmatiques, et je suis tombée sur une œuvre réellement atypique.

Paris, 1812. Maison de santé du docteur Dubuisson. Y sont internés malades et prisonniers politiques. Claude François Malet est certainement un peu des deux. Ex-noble, ex-jacobin, ex-franc-maçon, ex-général, ex-trafiquant, ex-putschiste, depuis plusieurs années, Malet n’a qu’une constante… Malet conspire!

Et ce qu’il veut, en cet automne 1812, c’est s’emparer du pouvoir à Paris pendant que Napoléon s’embourbe en Russie.

— L’Empereur est mort, Lafon! Tué d’une balle dans la tête!
— Que? Mais… comment…
— Comment?!? Mais parce que je l’ai décidé, Lafon! Simplement parce que je l’ai décidé! Tu peux arrêter de prier ton dieu incompétent, Lafon! A partir d’aujourd’hui, il a trouvé son remplaçant!

Armé d’un faux senatus-consulte, secondé par un caporal alcoolique en guise d’aide de camp et d’un étudiant arriviste en guise de commissaire, Malet s’empare du pouvoir à force de folie et d’audace: un coup d’Etat qui n’est qu’une farce sur la crédulité. Et pourtant, tout est vrai dans cette histoire oubliée de l’Histoire. Nicolas Juncker revient dans l’annexe sur ses recherches, se défend d’avoir fait œuvre d’historien avec une véhémence que j’ai pour ma part trouvée amusante, mais il revendique hautement la véracité des faits et, très honnêtement, ses choix effectués parmi des sources contradictoires.

Grands aplats de noir et blanc et prégnance des hachures qui soulignent les fatigues de cette longue nuit pluvieuse, encres aquarellées pour signaler les flash-backs, personnages caricaturaux mais force des corps en constant mouvement, très beau travail de scénarisation plein de jeux de miroirs et de motifs récurrents, une multitude de trouvailles graphiques: si j’ai été relativement déstabilisée par l’histoire, j’ai été par contre totalement emballée par la forme, très maîtrisée. Bref, une bédé qui est, pour ce que j’en sais, passée tout aussi inaperçue que les évènements qu’elle rapporte, et c’est bien dommage.