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Du tabac pour le puma, Juan Hernández Luna

Du tabac pour le puma, Juan Hernández LunaPar où commencer pour te parler de cette pelote embrouillée, dont tu ne parviendras pas, de toutes façons, à tirer un bel écheveau lisse et net?

Par des questions?
Reste-t-on un mari quand sa femme est partie? Reste-t-on magicien quand on ne fait disparaître que le contenu des bouteilles d’alcool? Reste-t-on pompier du moment que l’on garde l’uniforme? Qui gagnera le tournoi de dominos? Le tigre Diablo dévorera-t-il quelqu’un avant la fin du roman?

Par du suspens…
Ce roman te révèlera comment une grève de consommateurs d’électricité peut illuminer le quotidien… cependant que tu t’interrogeras sur les attaques de la Main furtive… et te demanderas si l’homme au pouce replié est bien mort…

Par des affirmations.
Au Mexique il y a des trafiquants d’immigrés clandestins. Au Mexique il ne faut jamais faire confiance aux hommes politiques. (J’aimerais vraiment beaucoup aller au Mexique.)

Et la magie, où est-elle? eh bien, peut-être dans le fait que tous ces éléments isolés rapportés dans de très courts chapitres (mettez dans le chapeau, secouez, c’est mélangé) construisent une véritable histoire. Je ne dis pas que quand j’ai refermé le roman, j’avais tout compris. Je dis que j’avais voyagé, et adoré le voyage.

Pendant la lecture, j’ai beaucoup pensé à Taïbo II, celui de À quatre mains ou Ombre de l’ombre, par exemple: pour la narration éclatée, la prégnance du passé dans un présent tortueux, les personnages excessifs, leur générosité et l’absurdité des leurs enquêtes. Et puis c’était facile, il y avait un appel du pied qui ne se dissimulait même pas, un vrai clin d’œil amical. Si je n’y avais pas pensé toute seule, j’aurais eu du mal à y échapper.

Mais Juan Hernández Luna a une voix, un regard très personnels: à la frontière entre réalisme et absurde, entre noir et poésie, entre tragique et comique. Sur cette frontière, Du tabac pour le puma est un roman qui, à de multiples niveaux, interroge  la validité du monde dans lequel nous vivons, et sa réalité. Oh, sans se prendre au sérieux. Avec humour et mélancolie. Et c’est beau.

Et c’est assez, car aujourd’hui je n’ai pas envie de faire une piteuse note de lecture sur un roman dont j’ai aimé les défauts autant que les qualités, et qui inaugure mon défi « Mexique » si favorablement.
Je vais seulement te conseiller de le lire.

defi-mexique21

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