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Le point limite, John Wessel

Le point limite, John WesselHarding a perdu sa licence de détective privé, il y a quelques années. Pour meurtre. Il a fait de la prison. Maintenant, il bosse pour Donnie Wilson, fait de petits boulots un peu en marge, un peu délicats. En ce moment, il espionne les mercredis soirs du docteur Rosenberg, dont la femme veut divorcer. Le problème n’est pas tant que le monsieur a une idée très hard core de l’infidélité conjugale (encore qu’on espère que tout le monde, lors de ces petites soirées, est effectivement consentant) – au contraire, ce sera très pratique pour le divorce. Non, le souci, c’est qu’il est trop perfectionniste. Il faut dire que le docteur est chirurgien esthétique. Alors s’il décèle le moindre défaut chez sa sublime femme (une trace de cellulite, des pattes d’oie), il la frappe, la brûle. Et Harding est un homme trop juste, trop intègre, pour ne pas se laisser entraîner, en prenant la défense d’Elenya Rosenberg, jusqu’au point limite: celui où tout peut basculer, et le ramener à ses vieux démons.

Chicago est prise dans l’hiver, la neige, le froid. Les personnages, eux, sont pris dans les sombres détours d’une intrigue retorse. Les morts se succèdent, plus atroces les unes que les autres. Et le passé qui n’a rien à faire là surgit quand même, où il n’était pas attendu, bien sûr.

John Wessel crée, avec le personnage de Harding, détective sans licence qui ne se décide pas à faire autre chose, qui ne peut faire autre chose, un personnage complexe et attachant. Une sorte de chevalier blanc comme on n’en fait plus, ni dur ni violent, mais que sa propre morale engage dans l’illégalité.

Au total, la lectrice se trouve plongée dans un polar honnête, très rivages/noir dans sa facture, peut-être pas d’une originalité fracassante, mais dont il est difficile de s’arracher avant le dénouement – un peu obscur, soit dit en passant: j’aime que les intrigues aient une solution nette.

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