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The affinity bridge, George Mann

Poursuivant mon exploration de la rentrée littéraire science-fictionnesque anglaise, j’ai acheté le roman pour sa couverture toute en strass et paillettes – que tu peux trouver de mauvais goût, mais qui me plaît assez. Et puis parce que j’ai une certaine faiblesse pour l’esthétique steampunk. Eh bien, ça s’appelle être déçue.

Cancre au fond de la classe. Celle qui est pleine de bonne volonté, et qui n’arrive à rien. Qui lit deux lignes, n’accroche pas, part à rêvasser, s’endort, ne se souvient plus de rien, soupire, se désespère. Au bout d’une semaine, n’en est toujours qu’à la moitié d’un bouquin pourtant aéré. Celle qui s’ennuie. Je ne me souviens pas de la dernière fois qu’un bouquin m’a fait ça.

De quoi ça parle? D’une ville, Londres, steampunkement victorienne, où les merveilles de la science maintiennent la reine en vie, font voler des dirigeables pilotés par des robots, produisent des fiacres à vapeur tirés par des chevaux à pistons… D’une ville menacée par une épidémie de fièvre importée de la lointaine colonie indienne qui transforme les gens en monstres sanguinaires avant de les tuer, hantée par un mystérieux policier-fantôme qui tue à tour de bras. Une ville qui n’est pas immunisée contre la magie, où certains voient l’avenir, et d’autres fréquentent les forces obscures. Et, comme si cela ne suffisait pas, un dirigeable se crashe en pleine ville. Pourquoi tant s’ennuyer, alors?

Peut-être à cause du couple qui enquête: Sir Maurice Newbury, agent spécial de la Reine, et sa toute nouvelle et charmante collaboratrice, Miss… bon sang, j’ai déjà oublié son nom. Miss Véronica Hobbes donc, après recherches. Ils boivent des litres de thé Earl Grey, passent leur temps à prendre le fiacre, se font des courbettes, s’admirent du coin de l’oeil, n’oublient jamais de récupérer leurs gants quand ils les ont posés quelque part (ça sent l’atelier d’écriture à plein nez, cette manie). Mais ils ne font jamais, mais alors jamais rien d’intéressant. Et puis ils sont niais. Pour des enquêteurs, certaines évidences pourraient leur sauter au cerveau, ça nous ferait gagner du temps. Mais crévindiou, avant même qu’ils élaborent la plus basique des théories, il faut qu’ils se disent chacun de leur côté pendant des jours « Tiens, je vais en parler à l’autre », et ensuite qu’ils passent des heures à en parler ensemble avant de parvenir à une conclusion à laquelle la lectrice était arrivée depuis cinquante pages. Faut-il qu’ils soient bêtes!

Ceci dit, ils sont résistants. Sir Maurice, tout particulièrement. Il faut dire que pendant le dernier tiers du livre, l’action se précipite, et les héros passent leur temps à se bastonner à tour de bras, avec des revenants, des automates, des truands, et même des gens tout à fait normaux. Et bien, Maurizio est bien plus résistant que n’importe lequel des super-héros dont je suis en train de lire les histoires en parallèle. Increvable, insubmersible, infatigable. C’est moi qu’il fatigue. D’ailleurs, terrassée, en général je m’endors.

En principe, je trouve que les histoires d’androïdes posent des questions éthiques intéressantes. Et notamment celle, cruciale, de ce qui fait un être humain, fût-il en fer blanc. Mais ici, finalement, ce n’est pas plus mal que l’auteur n’ait apparemment pas pensé à enrichir son histoire d’un sous-texte. Son idée de « l’ordre social », pour ce que j’en ai compris, est déjà bien assez puante. Vraiment, c’est aussi d’avoir limité les dégâts…