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ES Eternal Sabbath, Fuyumi Soryo

Eternal Sabbath 1 - Fuyumi SoryoLe rayon manga n’est pas précisément le plus enthousiasmant de la bibliothèque (quoique si on le compare au rayon SF…) – mais c’est, il me semble, un problème structurel. Et à moins de disposer d’un budget dont les bibliothécaires n’osent même rêver, surtout à l’heure actuelle, eh bien il y a peu de chances pour que cela change. Bref, après avoir bondi sur les Monster (zut, les premiers étaient sortis), puis sur 21th Century Boys (zut, il vaudrait mieux commencer par 20th CB, mais ceux-là n’y sont pas), j’ai fini par me rabattre sur ES Eternal Sabbath.

Eternal Sabbath 2 - Fuyumi SoryoDans ses thématiques, ES n’est pas d’une originalité renversante. En lisant les premiers tomes de la série, j’ai beaucoup pensé à Transparent (pour la lecture dans les pensées), à Eiji Psychometrer (pour les relations entre les deux personnages principaux, quoiqu’elles soient moins détendues, et presque sans sous-entendus sexuels), et à Death Note ( pour les questions éthiques et morales). Bref, en exagérant à peine, j’ai pensé à quasiment tous les mangas que je connais. Ce qui ne veut pas dire que celui-ci n’ait aucune personnalité, loin de là. Mais il l’acquiert lentement, au fil d’une histoire remarquablement… lente.

Eternal Sabbath 3 - Fuyumi SoryoFuyumi Soryo part d’un présupposé de pure science-fiction: des savants créent dans un laboratoire un puis deux ES, c’est à dire des « plus qu’humains » dotés d’un fort pouvoir régénérant leur permettant de vivre plusieurs centaines d’années, et surtout capables de s’infiltrer dans les pensées, de les lire et de les modifier. Les ES échappent très vite au contrôle des savants qui les ont créés, et au vu de leur potentiel dévastateur, il vaudrait mieux, « pour le bien commun », qu’ils soient éliminés. Science sans conscience n’est que ruine de l’âme: le manga en est une superbe illustration et pose, incontestablement, les bonnes questions. Les réponses sont un peu moins courageuses: l’action avance en fonction des circonstances, et non des choix des héros. J’aurais apprécié un peu plus d’engagement personnel de la part de l’auteur – mais c’est parce que, comme tu le sais, je suis râleuse.

Eternal Sabbath 4 - Fuyumi SoryoPar contre, la narration manque vraiment de rythme. L’action est à la fois rare et répétitive, expédiée en quelques scènes peu performantes, et surtout elle est entrecoupée de looongues considérations psychologico-nombrilistes, que j’ai trouvées assez ennuyeuses. C’est dû en assez grande partie à ma totale méconnaissance des usages japonais, j’en ai au moins conscience. Mais bon, cela ne change rien au fait que j’ai quand même, globalement, trouvé le temps long.

Eternal Sabbath 5 - Fuyumi SoryoQuant au graphisme, il est d’une simplicité étonnante, même en tenant compte des impératifs de rentabilité du manga. Je crois savoir que les mangaka disposent d’équipes dont les membres font une partie du travail, et je ne serais pas très surprise d’apprendre que Fuyumi Soryo avait une toute petite équipe. Mais c’est peut-être un choix graphique, et de toutes façons, le résultat très épuré est plutôt intéressant, et cadre assez avec l’angle très psychologique sous lequel est regardée l’histoire.

Eternal Sabbath 6 - Fuyumi SoryoEt puis j’ai été très surprise par le refus, très clair, du code habituel sur la représentation des émotions. Pas d’yeux remplacés par des croix quand un personnage tombe à la renverse, pas de langue de serpent qui sort de la bouche d’un personnage en colère, pas de cornes de diablotin qui poussent sur le crane des petits malin(tentionné)s… Les personnages sont d’ailleurs très peu expressifs: tout est dans la nuance, à un point qui frôle souvent la neurasthénie. Mais là encore, sans que cela me fasse sauter au plafond d’admiration, je trouve tout de même sympathique que l’auteur prenne à ce point du champ avec le genre. Il se peut aussi que je n’y connaisse tellement rien que je m’extasie devant un phénomène des plus banals… Bref.

Eternal Sabbath 7 - Fuyumi SoryoDe toutes façons, sur l’ensemble, le résultat graphique est quand même très bon, avec un rendu ultra-réaliste assez inhabituel pour un manga. Le trait manque un tout petit peu de saveur, de personnalité… En gros, de détails – surtout quand on voit le travail superbe réalisé sur certaines cases. (Oui, parce qu’il y a de vraies cases, en plus, décidément, on me bouleverse mes petites habitudes.) Et les « fonds » sont inintéressants à pleurer. Mais, comme je l’ai déjà supposé un peu plus haut, il s’agit peut-être de déblayer le terrain pour mieux se concentrer sur les personnages, et je dois reconnaître que ça fonctionne assez bien.

Eternal Sabbath 8 - Fuyumi SoryoAu total, ES Eternal Sabbath est un manga pas tout à fait à la hauteur de son ambitieux sujet, mais honnête. Et en huit tomes: loué soit l’éditeur, ce n’est pas si courant… L’auteur est apparement davantage connue pour son autre série, Mars. Mais cette dernière étant classée en shojo, et quand je m’attriste déjà devant les atermoiements sentimentalistes qui ne sont, clairement, pas le meilleur de ce sheinen-ci, je vais probablement m’abstenir.

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