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La fille de nulle part, Fredric Brown

La fille de nulle part, Fredric BrownGeorges Weaver travaille trop, boit trop, n’aime plus sa femme qui s’avachit lentement (et la faute à qui?), bref, il déprime gravement. Et part donc s’aérer  pour l’été au Nouveau-Mexique – Vi, sa légitime, devant le rejoindre un peu plus tard. Il loue une petite maison isolée comme tout près d’un bled minuscule, et ne tarde pas à s’ennuyer royalement, tout en continuant à boire avec application. Or, il se trouve qu’un crime a été commis huit ans plus tôt dans cette maison: une jeune fille venue de nulle part, Jenny Ames, y a été tuée par un homme parti nulle part. Un témoin oculaire, un cadavre, l’enquête n’a jamais pu aller plus loin.

Weaver la reprend, d’abord juste pour passer le temps, puis parce que son intérêt pour la mystérieuse Jenny tourne à l’obsession. Il reporte sur elle, morte depuis des années, l’affection et le désir frustrés qu’il ne trouve plus dans son couple. Se demande s’il ne devient pas fou. Se dit qu’il devrait arrêter de boire à chaque fois qu’il se cuite (c’est-à-dire souvent). Et fait de son mieux pour supporter l’envahissante Vi. Sauf qu’à se trop se pencher sur les ombres du passé, on risque de s’y laisser tomber.

Sur une histoire parfaitement circulaire, Fredric Brown brode la déchéance incrédule d’un homme qui, à trente ans et quelques, se retrouve prisonnier de la vie qu’il s’est choisie sans beaucoup y réfléchir. Hanté par la perspective terrifiante de se retrouver définitivement lié à une femme qu’il déteste, un travail qui ne l’intéresse pas, et aucune sorte d’avenir, Weaver fuit en avant, sans forcément bien s’en rendre compte.

J’ai lu le roman sans beaucoup m’y attacher, victime d’une quatrième de couverture particulièrement ignoble, jusqu’à l’accélération des derniers chapitres, haletante. Car c’est en bouclant la boucle que Brown donne toute sa mesure: il aide beaucoup le hasard pour finalement écrire un bouquin terriblement noir et glaçant.