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La nuit des chats bottés, Frédéric H. Fajardie

La nuit des Chats Bottés, Frédéric H. FajardieStéphan sauve un scarabée et gagne le cœur de Jeanne, une jeune fille triste. Pour lui rendre le sourire, il décide de faire sauter tout ce qui empoisonne ses souvenirs, tous les lieux où son père, modeste ouvrier, a été humilié. Et à partir de là, effectivement, ça saute. Aidé de Paul, ancien militaire comme lui, revenu comme lui à une vie civile stérile et insatisfaisante, il s’attaque à ces lieux de maudite mémoire: PMU, boulangerie, cabinet d’huissier, Sacré-Coeur, imprimerie nationale, usine Renault, ministère des Finances… Rien ne semble devoir arrêter ces « deux types compétents décidés à tout foutre en l’air » : ni la police, dirigée par un commissaire divisionnaire un peu trop admiratif du brodel accompli, ni les barbouzes appelés en renfort. Pire, les Chats Bottés suscitent de dangeureuses sympathies, surtout en cette veille d’élections…

Stella m’en avait dit beaucoup de mal, mais voilà longtemps que je voulais découvrir Fajardie, et ce roman, « livre-culte fondateur d’un romantisme noir et anarchique » (dixit la quatrième de couverture) me semblait une très bonne façon de commencer. En fait, Stella avait raison. La soi-disant histoire d’amour qui met le feu aux poudres n’est qu’un mauvais prétexte. Jeanne est inexistante, sa tristesse totalement dénuée d’intérêt (et de toutes façons, l’auteur ne prend pas la peine de s’y intéresser), et les héros sont d’anciens militaires qui n’ont pas perdu grand chose de leurs vieux réflexes. Seule compte l’action, la trajectoire destructrice et, il faut le reconnaître, assez jubilatoire. Je suppose que cela parle à mon vieux fond de nihilisme.

Paul et Stéphan ne revendiquent rien. Ils n’ont que leur devise: « La vie est une opération de commando, c’est une razzia sur l’amour, l’amitié, la tendresse, la bagarre, le pouvoir… » Devise que je ne suis pas certaine de bien comprendre, de toutes façons. Finalement, ce roman est tout ce que permet la fiction, quand la réalité est une cage dont il semble impossible de s’échapper. Un fantasme de libération. Et en tant que tel, il lui manque tout ce qui fait l’intérêt des vrais romans noirs: la rage, le sens de la fatalité, la violence intérieure, le désespoir. La certitude de perdre.

Dommage.

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