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La route, Cormac McCarthy

Ce qui était difficile, ce n’était pas d’entrer dans le roman, non. C’était de résister à la tentation de le reposer, de ne pas vouloir savoir et d’échapper à la peur, au désespoir. Car j’ai rarement lu roman qui m’angoisse autant, me désespère autant. Un père et son fils. Oh! j’avais peur pour eux, à m’en rendre malade. Car chacun de leurs pas sur cette route, à travers les ruines d’un monde dévasté, découvre une horreur nouvelle. Vers quoi avancent-ils? Vers la mer, dans l’espoir d’y trouver plus de couleur, plus de lumière. Et d’autres survivants, aussi. Des Gentils. De ceux qui essaient de survivre sans manger la seule chose qu’il reste: les autres hommes. Y en a-t’il seulement? C’est de plus en plus difficile d’y croire. Et pourtant, « ils espéraient encore, car l’espérance au cœur des hommes vit de chétive pâture« . Et ce qui les tient, ce n’est pas l’instinct de conservation, mais leur amour. Ce qui les fait économiser les dernières balles du revolver pour le moment où il n’y aura plus d’autre issue possible.

Sous la fausse simplicité de ses mots, Cormac McCarthy décrit une post-apocalypse réduite à l’essentiel, et nous dit, au fond, que la question de la survie ne se réduit pas à la nourriture. On le savait, d’autres l’avaient dit, l’avaient fait avant lui. Moins bien, moins viscéralement. Parce que McCarthy épure la question, fait l’impasse sur tout espoir de reconstruction, de re-sociabilisation. Il se concentre sur l’essentiel: comment survivre? pourquoi? dans quelles conditions? Et les réponses à ces questions font de La route un vrai roman d’horreur.

Alors oui, c’est publié en littérature générale par un auteur mainstream, bien loin des mauvais genres auxquels il se rattache pourtant de plein droit (un peu comme Auprès de moi toujours, de Kazuo Ishiguro). Tant mieux, tant pis. Je crois aux vertus de la transfiction, à une conception plus globale, moins compartimentée de la littérature, les idées n’en circuleront que plus aisément. En l’état actuel des choses, il est tout de même dommage de ne pas mettre en avant ce que le roman doit à la « sous-littérature ».

Bref, La route mérite mille fois tout le bien que tu as pu en lire ou en entendre. C’est, vraiment, un grand roman. Que tu dois lire.

Et encore une fois, merci à Sergueï, pour ses cadeaux toujours si parfaits.