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Couché dans le pain, Chester Himes

Couché dans le pain, Chester HimesLe révérend Short carbure aux herbes sauvages: alcool de pêche et laudanum assurent les uns, opium et cherry brandy affirment les autres. Toujours est-il qu’un petit matin, à la veillée funèbre de Big Joe Pullen (musique, alcool, jambon grillé et femmes habillées comme des actrices hollywoodiennes), il se penche trop par la fenêtre et dégringole… dans un grand panier de pain frais. Pour le révérend de l’Eglise de la Sainte-Culbute, être ainsi sauvé par le corps du Christ, cela fait sens. Mais quand il remonte dans l’appartement et explique aux autres ce qu’il s’est passé, tout le monde s’agglutine à la fenêtre et voit, sur le trottoir, un homme couché dans le pain, un couteau dans le cœur.

Ce sont Ed Cercueil et Fossoyeur, les flics noirs de Harlem, qui mènent l’enquête. Et c’est, comme toujours avec ce duo terrible, drôle et violent, amer et triste. Un roman qui est surtout une peinture sociale peu flatteuse  de Harlem, mais qui s’attache, l’air de rien, à dénicher des pépites bien cachées sous la crasse, le clinquant, les mensonges et les mauvaises manières.

Un extrait? Un extrait.

Ils demeurèrent un moment silencieux, à regarder la foule qui déambulait sur les trottoirs dans le crépuscule.
C’était la rue des paradoxes: on y voyait des jeunes filles-mères allaitant leurs bébés, se nourrissant d’espoir; des gros gangsters noirs circulant les poches bourrées de fric dans leurs gigantesques cabriolets aux couleurs éclatantes, en compagnie de leurs poufiasses de grand luxe. Des ouvriers éreintés par leur journée de travail, les épaules collées aux murs des immeubles, profitaient de ce que leurs patrons blancs ne pouvaient pas les entendre pour discuter à haute voix. De jeunes voyous, qui se réunissaient pour aller rosser une autre bande, fumaient de la marijuana afin de se donner du courage. Tout le monde cherchait à fuir les pièces minuscules où l’on étouffait, dans l’espoir de trouver quelque soulagement dans la rue; mais celle-ci était rendue plus étouffante encore par les gaz d’échappement des voitures et par la chaleur qui rayonnait des murs et de la chaussée de ciment.