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Bastard Battle, Céline Minard

Bastard Battle, Céline Minard1437. Mauvaise année pour le bastard de Bourbon, que quelques individus isolés et improbables empêchent de piller et torturer en rond. Quand ces sept samouraïs s’unissent pour lui reprendre la ville de Chaumont et en organisent la défense, les revers ponctuels se transforment en échec retentissant. Mais que faire, face à cette coalition disparate d’aventuriers, chevaliers, rônins,  clercs, tricheurs professionnels et vipères chinoises? D’autant qu’ils se transforment en pédagogues pour enseigner aux habitants de Chaumont les techniques de base du maniement du baton, du katana, de l’arc, du kung-fu, et de l’art de couper les jarrets des chevaux.

Tu l’as compris, Bastard Battle est une débauche très assumée de tout et n’importe quoi. C’est glauque et violent comme un roman de baston, épique comme un roman de chevalerie, et il y souffle même une ô très légère  mais néanmoins rafraîchissante brise libertaire.

Bastardise des genres et surtout bastardise de la langue: c’est la plus belle trouvaille du bouquin – qui est en fait une novella pas si longue que ça, les éditeurs te prennent parfois un chouïa pour une poire, quand même. Car c’est écrit aussi en vieux n’importe quoi, dans une réinvention totalement réjouissante du vieux français, avec des tragédies jekspiriennes qui font penser à Queneau, des anglicismes branchouilles, et des mots qui n’ont pas peur de ce qu’ils désignent. Et tout ça a un son talentueusement moyenâgeux: dans son sens le plus kitsch, mais franchement réussi.

Accessoirement, j’ai beaucoup pensé à Janua Vera, de Jaworski, dont la démarche me semble diamétralement opposée. Là où l’un recrée un Moyen-Âge infusé de fantastique, reconstitué à mots précis, avec une minutie maniaque, parfois pesante tant son champ lexical est touffu, l’autre explose  au contraire dans un tourbillon créatif, vert et vigoureux, pour écrire un faux roman historique complètement déjanté – dont la très chouette couverture donne une assez bonne idée, d’ailleurs.