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La Desdichada, Carlos FuentesCette année, lors de la soirée-lecture de décembre,  j’héritai du cadeau d’Edena. Ainsi, 2008 fut l’année pendant laquelle je découvris Carlos Fuentes. Merci à elle.

La Desdichada est une nouvelle qui a bien des choses pour elle. Le fait d’être offerte par Edena, bien sûr. Car c’est une lectrice de goût. Sa sublissime illustration de couverture, ensuite. Et enfin, le fait qu’à peine le livre ouvert, il est quasiment impossible de le refermer, tant sa lecture est un voyage de beauté en beauté.

Je connaissais (un peu) le Mexico de Taïbo II. Je découvris celui, plus secret, de Tonio et Bernardo, étudiants miséreux, apprentis écrivains,  dont l’horizon et les espoirs sexuels se bornent aux cabarets des bas-fonds où l’on danse le danzon, cette cérémonie de la lenteur qui s’exécute sur la surface d’un timbre-poste. Et puis, en cette glorieuse année 1936, ils achètent  un mannequin de bois au regard triste et lointain, admiré dans une vitrine. La Desdichada, muse et maîtresse à la fois,  les inspire et les sépare, mieux qu’une femme de chair. Et elle pose son empreinte sur eux, comme une malédiction peut-être, au moment où ils entrent dans l’âge adulte, alors qu’il leur reste un carré de peau tendre.

Dans cette courte nouvelle, écrite au mot près, Fuentes condense toute la force et la matière d’un roman d’apprentissage. Vraiment une très très grande nouvelle.

Le Siège de l'Aigle, Carlos FuentesÉvidemment, j’espérais bien trouver le recueil Constancia et autres histoires pour vierges dont la nouvelle est tirée quand, quelques jours plus tard, j’allai à la librairie. Il n’y était pas, et je  me rabattis sur Le Siège de l’Aigle, dont le sujet m’intéressait moyennement, mais enfin, on me promettait un authentique roman épistolaire (sait-on jamais, il y a peut-être des imitations?), et depuis quelques jours, j’avais allumé une bougie devant la photo de Fuentes, sur mon autel personnel, alors j’aurais probablement transigé même pour un faux roman tout court, quoi que cela puisse être.

Après lecture, j’arrivai à la conclusion qu’un authentique roman épistolaire est certes composé uniquement de lettres croisées, mais qu’il n’obéit pas pour autant aux règles du roman épistolaire tout court, qui veulent que ces lettres aient une raison d’être, et surtout qu’elles ne retranscrivent pas pendant sur des pages entières des conversations que les correspondants connaissent d’autant mieux qu’ils les ont eues la veille.  Au départ pourtant, le contexte s’y prêtait. En effet, en 2020, le président du Mexique ayant fait la mauvaise tête avec les États-Unis, ceux-ci ont privé le pays de tout système de télécommunication. Dans son entourage, les requins qui tournent en rond dans le bocal tout en manœuvrant en vue de sa succession ô combien convoitée sont donc bien obligés de revenir au papier. Compromettant, certes, mais inévitable.

Le roman est donc l’histoire des luttes impitoyables que se livrent les candidats au Siège de l’Aigle. Passions, manipulations, trahisons… la partie est aussi complexe qu’un tournoi d’échec, et reprend à peu près les mêmes figures: le roi, la dame, le fou, la cavalier, la tour… et les pions. Car tout comme aux échecs, celui qui gagne est celui qui prévoit ses coups longtemps à l’avance. Voire celui qui a commencé à jouer avant le début de la partie. Il faut reconnaître que, malgré quelques retournements de situation un peu trop tonitruants pour être parfaitement crédibles, cette machination-là est une belle mécanique.

Je n’ai guère été touchée, toutefois. Si les magouilles et truanderies politiques sont universelles, je suppose qu’il faut une certaine culture mexicaine pour vraiment apprécier tout ce que livre l’auteur. Et quand bien même.