Archives de Tag: Andrea Camilleri

La forme de l’eau, Andrea Camilleri

La forme de l'eau, Andrea CamilleriSicile, fin de vingtième siècle. Au Bercail (une dénomination qui ne manque pas de sel quand on sait ce qu’il s’y trouve), deux « opérateurs écologiques » (une dénomination qui ne manque pas de paillettes pour des géomètres reconvertis en éboueurs) tombent sur le cadavre de l’ingénieur Luparello (une dénomination qui ne manque pas de surprendre pour un homme politique mafieux). Le commissaire Montalbano est chargé de boucler le dossier: le coeur du monsieur n’a pas résisté à une étreinte amoureuse, ce sont des choses qui arrivent, le fait qu’il fasse de la politique ne doit pas aller faire imaginer des complications sordides. Ou bien?

L’eau n’a pas de forme intrinsèque: seulement celle que son contenant lui donne artificiellement. L’enquête de Montalbano, c’est de la physique des fluides appliquée au crime. Mais ce n’est là que le prétexte. Ce qui compte, c’est de montrer les fils qui tiennent une société gangrenée par la mafia.

À peine libérés de la paralysie qui les avait saisis quand ils avaient identifié le mort, ils s’étaient mis d’accord: avant même d’avertir la loi, un autre appel était nécessaire. Le numéro du député Cusumano, ils le connaissaient par cœur et Saro le composa, mais Pino ne le laissa même pas sonner une fois.
— Raccroche tout de suite, ordonna-t-il.
Saro obtempéra par réflexe.
— Tu veux pas qu’on avertisse?
— Réfléchissons-y un moment, réfléchissons bien, l’occasion est importante. Toi comme moi, on sait tous les deux que le député est une marionnette.
— Ça veut dire quoi, ça?
— Que c’est une marionnette entre les mains de l’ingénieur Luparello, qui est, ou plutôt était, tout. Luparello mort, Cusumano n’est plus rien, un moins que rien.
— Et alors?
— Alors, rien.
Ils se dirigèrent vers Vigàta, mais au bout de quelques pas, Pino arrêta Saro.
— Rizzo, dit-il.
— Moi, à celui-là, je lui téléphone pas, ça me fout la trouille, je le connais pas.
— Moi non plus, mais je l’appelle quand même.

Malgré tout l’intérêt de cette analyse sociale et les rebondissements de l’enquête, je n’ai pas vraiment accroché à l’histoire. Pas même à cette langue tant vantée qui signe l’écriture de l’auteur. Peut-être parce que les choix du traducteur, qui transpose les tournures éminement siciliennes en régionalismes fleurant bon le Sud, du coup ne m’ont pas interpellée: je me sentais trop chez moi pour y faire vraiment attention. Ceci dit, la préface de Serge Quadruppani, qui expose longuement la genèse de cette traduction, est absolument passionnante et éclairante. Et suffisament inhabituelle pour être signalée.