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Choc des civilisations pour un ascenseur Piazza Vittorio, Amara Lakhous

Choc des civilisations pour un ascenseur Piazza Vittorio, Amara LakhousCe n’est pas un hasard si « Il Gladiatore » est assassiné dans l’ascenseur: c’est le carrefour des tensions qui dressent les uns contre les autres les habitants d’un immeuble, piazza Vittorio, à Rome. Tous sont étrangers, qu’ils viennent d’Iran ou du Pérou, de Naples ou de Milan. Et ils se côtoient dans une parfaite incompréhension, se soupçonnent des pires horreurs, restent murés dans leurs dialogues de sourds. Le seul qui fasse le lien entre eux, Amedeo, a disparu le jour même de l’assassinat. Mais les témoignages sont unanimes: ce ne peut être Amedeo, justement Amedeo. D’une « vérité » à l’autre s’esquisse le portrait d’un homme étonnant, d’un étranger fondu dans la ville et dans la langue (ce pays que l’on habite), un être humain rare et merveilleux.

Personne n’a la part belle dans cette galerie de portraits: car en faisant le portrait d’Amedeo, chacun se révèle, dévoile sa petitesse et son chagrin,  son égoïsme et sa tragédie personnelle. Les habitants de cet immeuble ne cohabitent pas, ils se heurtent sans cesse, principalement parce qu’ils n’ont aucune idée de qui sont leurs voisins, ne s’y intéressant pas le moins du monde, préférant le confort très relatif de leurs préjugés. Incompréhensions qui touchent aussi, de manière détournée, la lectrice peu au point en matière d’histoire et d’actualité italiennes: il m’a bien fallu accepter de ne pas tout comprendre, de rester sur ma réserve culturelle – étrangère.

Curieusement, l’enquête ne cherche pas à connaître l’assassin – puisque malgré l’incrédulité générale, il semble que ce ne puisse être qu’Amedeo – mais à savoir qui est réellement Amedeo: un étranger ou un vrai fils de la Louve? un homme bon et honnête ou un assassin qui cache bien son jeu?

Voici un court roman polyphonique très surprenant, peut-être un peu excessif, mais certainement pas caricatural. Et la voix en contrepoint d’Amedeo, qui témoigne lui aussi après chaque « vérité », pour donner son point de vue sur les évènements, modifie et équilibre chacune avec humour. Au final, un roman qui donne de belles et généreuses idées, et envie d’aller vers les autres, sans tomber dans le piège des bonnes intentions: quelques passages (l’homme qui se coud la bouche, par exemple) sont bien trop noirs pour cela.

Prix littéraire des lycéens et apprentis de la région PACA 2009