Kiki de Montparnasse, Catel & Bocquet

Kiki de Montparnasse, Catel & BocquetAlice, dite Aliki, dite Kiki. Une petite campagnarde à moitié orpheline, une adolescente au tempérament explosif, un modèle pour les peintres de la Butte, l’égérie et amoureuse de Man Ray (et de quelques autres). Elle a froid, faim, et fait la fête dès qu’elle a un peu d’argent. Elle aime l’excès, n’a peur que de l’ennui. Elle est la reine de Montparnasse, un temps, avant la déchéance. Mais quoiqu’il lui arrive, Kiki garde sa liberté, et ne suit que ses envies.

Ç’aurait pu être un beau portrait de femme libre, mais c’est long et plat, comme un catalogue. D’une linéarité désespérante, le scénario aligne les faits, les rencontres, les uns après les autres, sans jamais en extraire un peu d’émotion – ne parlons pas de réflexion. La célébrité n’a jamais rendu personne intéressant. Ou alors on lit Voilà.

Et le dessin est tout aussi inintéressant, simpliste, bâclé.

Alors c’est vrai, j’ai la dent dure. Il est même possible que je n’y ai rien compris, puisque non seulement la bédé fait partie de l’excellentissime sélection du prix littéraire des lycéens de la région Paca, mais en plus elle a déjà reçu plusieurs prix. Oui mais non. Sans moi.

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Nous avons brûlé une sainte, Jean-Bernard Pouy

Nous avons brûlé une sainte, Jean-Bernard PouyUne fille et trois garçons. Jeanne et trois  de ses lieutenants. Engagés dans une guerre loufoque et sanglante contre les Anglais, les Bourguignons, la société. Quatre mômes pas encore adultes qui veulent de l’air et marchent sur les traces de la Pucelle d’Orléans, pour venger l’Histoire et un genou foutu, et par amour aussi.

J’aime Pouy, ses idées, j’adore son écriture, son érudition et son humour. Mais je n’ai pas aimé Nous avons brûlé une sainte. Enfin non, pas exactement. C’est un beau polar dans les règles, avec ce qu’il faut de violence et de courses poursuites. Mais il doit me manquer le grain de folie de la jeunesse qu’ont les héros, auxquels je ne suis pas parvenue à m’identifier un seul instant. Et si ceux qui portent le feu partout où ils passent ne parviennent pas à accrocher mon intérêt, rien à faire, je m’en désintéresse.

Dommage.

Jack Mongoly, Guillaume Nicloux

Jack Mongoly, Guillaume NiclouxÀ une époque de ma vie où j’allais beaucoup au cinéma, j’avais vu, bien par hasard d’ailleurs, Une affaire privée de Guillaume Nicloux. C’était merveilleusement glauque et retors. J’avais adoré. J’avais appris ensuite qu’il était écrivain. Enfin, qu’il était aussi écrivain. Certaines personnes sont douées. Mais comme le hasard guide mes lectures, il m’a fallu attendre toutes ces années avant de poursuivre l’expérience.

Il m’est arrivé une ou deux fois de lessiver le parquet. Je n’ai jamais lavé les rideaux et je vide mes cendriers une fois par semaine. J’ai une bouteille de rhum sous le bureau et une revue pornographique dans le premier tiroir de droite. J’ai trouvé ça drôle au début.

J’ai choisi la vie que je mène et mon seul souhait est de rester libre. Travailler quand j’en ai envie. Parfois j’aimerais rester au lit toute la matinée, ne rien faire pendant une journée entière. J’ai pas de temps à perdre, j’en ai pas non plus à gagner. J’ai pas d’autre ambition que vivre simplement. Je ne regrette pas mes six années d’études supérieures en ornithologie et ethnographie des peuples et civilisations d’Amérique du Nord.

Jack Rudy-Bill a bientôt la quarantaine. Il est inscrit dans une agence matrimoniale. Il a quelques amis, un peu vagues, quelques habitudes. Il est seul. Il est détective privé. Pas débordé de travail. Et il doit retrouver une jeune fille, Vicky, 22 ans, trisomique. Évaporée, peut-être.

Une disparition, un privé, une enquête: ne t’y fie pas, ceci n’est pas un roman policier. Pas même un roman noir. C’est une errance pleine de questions, hallucinée, de plus en plus à mesure que l’enquête n’avance pas, s’embrouille, que les explications plausibles se perdent. Un « polar métaphysique » dit l’éditeur. S’il y tient. De toutes façons, ça ne veut pas dire grand chose. La lectrice, elle, se laisse porter. Peut-être parce que tout ceci a un effet vaguement hypnotique. Peut-être aussi parce que l’écriture de Guillaume Nicloux, sèche, détachée, la fascine bizarrement. Elle n’établit pas de distinction claire entre action et réflexion, observation et fantasme.

Est-ce un bon roman? Non, à mon avis, non. Trop confus pour cela – et c’est d’autant plus surprenant que je connaissais une toute autre facette de l’auteur. Et pourtant, il a un grand charme, peut-être parce qu’il est si déroutant. Je lirai d’autres romans de Nicloux. Dans quelques années, probablement…

# mise à jour #

La trilogie Loredan, KJ Parker - tome 1, Les couleurs de l'acierLa trilogie Loredan, KJ Parker

tome 1, Les couleurs de l’acier
tome 2, Le ventre de l’arc
tome 3, La forge des épreuves

J’ai supplié, menacé, j’étais prête à pleurer des larmes d’alligator pour me faire prêter ces romans, que l’on m’avait dépeint comme des abîmes de noirceur. Ayant réussi à les extorquer à un maniaque récalcitrant, j’ouvris le premier de ces trois pavetons de fantasy en me réjouissant à l’avance du temps que j’allais y passer. Las! le temps fut fort long, et les évènements bien moins noirs que promis.

La trilogie Loredan, KJ Parker - tome 2, Le ventre de l'arcDans un monde de fantasy moyenâgeuse, régi par le Principe auquel personne ne comprend rien et notamment les philosophes qui l’étudient, la famille Loredan compte beaucoup de génies malfaisants, dont deux frères qui sont, malgré tout, bien intentionnés. Ils s’aiment et se détestent avec une égale vigueur, et sont au cœur d’évènements qui vont bouleverser des milliers de vie, voire des empires tout entiers. Ballottés et pourtant toujours au cœur de l’action, à l’endroit et au moment où tout bascule – à cause d’eux.

Les trois romans sont construits comme de vastes métaphores: des étapes par lesquelles passe un homme pour faire de lui une arme dangereuse (comme les couleurs par lesquelles passe l’acier avec lequel on forge les épées), de ses points de force et de résistance (comme le dos et le ventre de l’arc s’équilibrent), et des tests qui valident la qualité d’un homme (comme ceux qui valident la qualité d’une armure).

La trilogie Loredan, KJ Parker - tome 3, La forge des épreuvesC’est le seul point vraiment remarquable que j’ai trouvé à une série par ailleurs longuette, bavarde et répétitive. Je n’ai d’ailleurs pas très envie de chercher à en dire davantage, d’autant que j’ai lu la trilogie voici plus d’un mois, et que mes souvenirs sont déjà tout confus.

Toutefois, il se pourrait que je n’aie rien compris. Une théorie (exposée par Aphraël, bien plus calée que moi en matière de fantasy) veut que toute la trilogie soit justement une déconstruction des codes de la fantasy: la Citadelle tombe, l’histoire d’amour n’a pas lieu, la magie est contre-productive… Tu peux bien sûr lire les romans pour te faire ta propre idée, si tu as pas mal de temps à y consacrer, bien sûr.

A la pointe de l’épée, Ellen Kushner

A la pointe de l'épée, Ellen KushnerSaint-Vière est le bretteur le plus à la mode des Bords-d’Eau. Probablement le meilleur, aussi. Il ne fait pas les mariages, il se bat pour tuer: c’est sa forme d’honneur, et aussi de liberté.

(…) le bretteur avait le respect de soi d’un artiste, la vanité d’un amant.

Ellen Kushner construit une ville dichotomique, nettement partagée entre opulence sur la Colline aérée et Bords-d’Eau mal famés où vivent des pauvres peu tenus de respecter les lois: pour sordide qu’elle soit, c’est leur liberté. Rien d’idéal là-dedans, mais que dire de la Justice qui a cours sur la Colline des nobles et des nantis? Elle est, très exactement, ce que l’argent peut acheter. Et notamment, elle autorise à acheter les services des bretteurs, qui vident les querelles de leurs employeurs à la pointe de l’épée. Mais les bretteurs sont des mercenaires: ni des employés, ni des pions, ils sont une puissance farouche et indépendante. Or, face aux puissances de l’argent, l’habileté ne suffit pas, il vaut mieux disposer d’atouts cachés: je te laisse découvrir lesquels.

A la pointe de l’épée est un roman remarquablement écrit, dans une langue riche, travaillée, qui m’a souvent arrêtée dans ma lecture pour mieux en savourer des passages. Mais c’est aussi, et cela m’a peut-être frappée encore davantage, un roman écrit certes du point de vue du narrateur omniscient (en style indirect libre, me semble-t-il, mille excuses, mes cours de français sont loin), mais surtout qui change constamment de point de vue. Là où le narrateur attend généralement la fin d’un chapitre, ou au moins d’une sous-partie, pour détourner son attention d’un personnage et passer à un autre, Ellen Kushner saute sans cesse de l’un à l’autre, peint chaque scène de plusieurs points de vue. Tu pourrais croire que cela embrouille et donne le tournis: point de tout. C’est fort bien fait, et une lectrice attentive s’y retrouve parfaitement. Mais cela bouscule la lecture, dans le meilleur sens du terme. Impossible de se laisser porter, il faut y faire un effort.

Et pourtant, cela se lit d’une traite. Des épées, des personnages plus grands que nature, des sensibilités à fleur de peau, des machinations retorses… Il y a là tout ce qu’il faut à un roman d’aventures: urbaines et sans capes, mais je sais m’en passer.

White teeth, Zadie Smith

White teeth, Zadie SmithLe roman avait beaucoup fait parler de lui à sa sortie, il y a bientôt dix ans, sans me donner envie de le lire. Je dois avoir un compte à régler avec les nouveautés. Freudien. Bref. Je vais à présent être en mesure de briller dans les salons avec le roman dont on parlait il y a dix ans, et c’est ça qui compte.

White teeth, ça raconte des histoires de dents, quoique assez peu, en fait. Surtout des histoires de famille, de secrets de famille, d’arbres généalogiques. De la difficulté qu’il y a à trouver une continuité dans l’immigration, des souffrances de la recherche d’identité, des religions que l’on  renie et de celles que l’on se choisit. Du manque de place, d’air, d’écoute, de sincérité. De secondes chances, de secondes générations.

Et pourtant, je n’ai pas aimé. En réalité, pire que ça, je me suis ennuyée, plus ou moins gravement, pendant quasiment toute ma lecture. Un peu la faute aux personnages, tellement inconséquents, de mauvaise foi, lâches et prétentieux. On peut difficilement reprocher à Zadie Smith de verser dans les bonnes intentions gentillettes: à croire qu’elle veut jouer à la grande cynique. Or je pense qu’une écrivain doit aimer ses personnages, même et surtout s’ils sont sales, bêtes et méchants. Si elle les méprise, comment peut-elle espérer que la lectrice s’y attache?

Oui mais l’histoire, me diras-tu? Les personnages ne font pas tout, une bonne histoire peut rattraper bien des défauts! Hélas, dans le genre de la fresque transgénérationnelle, cela fait longtemps que l’on fait bien mieux. Et l’auteur est tellement prévisible que tous les indices plantés pour préparer un retournement de situation quelques années plus tard sont immédiatement éventés. Il aurait fallu pour me surprendre que l’homme exécuté pendant la guerre soit bien mort, que Machine ne tombe pas amoureuse de Machin, etc. etc.

Et puis sur le dernier chapitre, alors que l’auteur tricote depuis des centaines de pages pour nous offrir un final apocalyptique (au moins!), la lectrice bien déçue n’a droit qu’à un pétard mouillé. Ce n’est pas forcément un hasard: cette galerie d’occasions ratées et d’espoirs déçus n’appelait peut-être rien d’autre. Mais enfin, c’est malgré tout une fin qui sent l’écurie. Bof.

Le bon côté, c’est que j’ai dû galérer sur l’argot de la VO, et j’aime assez être secouée dans mes automatismes de lecture. Et puis le livre, qui est très gros, est écrit tout petit: j’adore. Cela fait partie du contrat que j’ai passé, toute petite, avec les livres – à l’époque où je dévorais les livres de poche de ma mère. Ceci dit, j’aurais mieux faite de relire Guerre et paix

Ordo, Donald Westlake

Ordo, Donald WestlakeIl y a seize ans, Ordo a épousé Estelle. Mais belle-maman les a bien vite retrouvés, et a fait annuler le mariage, car Estelle était mineure. Ordo a repris sa vie, dans la Marine, et a plus ou moins oublié l’histoire. Et puis il apprend par hasard qu’Estelle est devenue Dawn Devayne, star de cinéma et fantasme vivant. Une femme qui n’a plus rien à voir avec son ex-femme. Et il part à sa recherche, pour comprendre. Et peut-être pour retrouver Estelle.

Ordo est un très court roman, une novella en fait. Dont je ne sais que dire, tant il est d’une simplicité, d’une épure bouleversantes. Il parle de mémoire et d’identité. De ce que l’on désire et de ce que l’on y sacrifie. D’honnêteté. De cette foutue recherche du bonheur.

C’est mélancolique et percutant. Aussi parfait qu’une telle histoire peut l’être.