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21 janvier 2009 · Laisser un commentaire

La trilogie Loredan, KJ Parker - tome 1, Les couleurs de l'acierLa trilogie Loredan, KJ Parker

tome 1, Les couleurs de l’acier
tome 2, Le ventre de l’arc
tome 3, La forge des épreuves

J’ai supplié, menacé, j’étais prête à pleurer des larmes d’alligator pour me faire prêter ces romans, que l’on m’avait dépeint comme des abîmes de noirceur. Ayant réussi à les extorquer à un maniaque récalcitrant, j’ouvris le premier de ces trois pavetons de fantasy en me réjouissant à l’avance du temps que j’allais y passer. Las! le temps fut fort long, et les évènements bien moins noirs que promis.

La trilogie Loredan, KJ Parker - tome 2, Le ventre de l'arcDans un monde de fantasy moyenâgeuse, régi par le Principe auquel personne ne comprend rien et notamment les philosophes qui l’étudient, la famille Loredan compte beaucoup de génies malfaisants, dont deux frères qui sont, malgré tout, bien intentionnés. Ils s’aiment et se détestent avec une égale vigueur, et sont au cœur d’évènements qui vont bouleverser des milliers de vie, voire des empires tout entiers. Ballottés et pourtant toujours au cœur de l’action, à l’endroit et au moment où tout bascule – à cause d’eux.

Les trois romans sont construits comme de vastes métaphores: des étapes par lesquelles passe un homme pour faire de lui une arme dangereuse (comme les couleurs par lesquelles passe l’acier avec lequel on forge les épées), de ses points de force et de résistance (comme le dos et le ventre de l’arc s’équilibrent), et des tests qui valident la qualité d’un homme (comme ceux qui valident la qualité d’une armure).

La trilogie Loredan, KJ Parker - tome 3, La forge des épreuvesC’est le seul point vraiment remarquable que j’ai trouvé à une série par ailleurs longuette, bavarde et répétitive. Je n’ai d’ailleurs pas très envie de chercher à en dire davantage, d’autant que j’ai lu la trilogie voici plus d’un mois, et que mes souvenirs sont déjà tout confus.

Toutefois, il se pourrait que je n’aie rien compris. Une théorie (exposée par Aphraël, bien plus calée que moi en matière de fantasy) veut que toute la trilogie soit justement une déconstruction des codes de la fantasy: la Citadelle tombe, l’histoire d’amour n’a pas lieu, la magie est contre-productive… Tu peux bien sûr lire les romans pour te faire ta propre idée, si tu as pas mal de temps à y consacrer, bien sûr.

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A la pointe de l’épée, Ellen Kushner

20 janvier 2009 · 11 commentaires

A la pointe de l'épée, Ellen KushnerSaint-Vière est le bretteur le plus à la mode des Bords-d’Eau. Probablement le meilleur, aussi. Il ne fait pas les mariages, il se bat pour tuer: c’est sa forme d’honneur, et aussi de liberté.

(…) le bretteur avait le respect de soi d’un artiste, la vanité d’un amant.

Ellen Kushner construit une ville dichotomique, nettement partagée entre opulence sur la Colline aérée et Bords-d’Eau mal famés où vivent des pauvres peu tenus de respecter les lois: pour sordide qu’elle soit, c’est leur liberté. Rien d’idéal là-dedans, mais que dire de la Justice qui a cours sur la Colline des nobles et des nantis? Elle est, très exactement, ce que l’argent peut acheter. Et notamment, elle autorise à acheter les services des bretteurs, qui vident les querelles de leurs employeurs à la pointe de l’épée. Mais les bretteurs sont des mercenaires: ni des employés, ni des pions, ils sont une puissance farouche et indépendante. Or, face aux puissances de l’argent, l’habileté ne suffit pas, il vaut mieux disposer d’atouts cachés: je te laisse découvrir lesquels.

A la pointe de l’épée est un roman remarquablement écrit, dans une langue riche, travaillée, qui m’a souvent arrêtée dans ma lecture pour mieux en savourer des passages. Mais c’est aussi, et cela m’a peut-être frappée encore davantage, un roman écrit certes du point de vue du narrateur omniscient (en style indirect libre, me semble-t-il, mille excuses, mes cours de français sont loin), mais surtout qui change constamment de point de vue. Là où le narrateur attend généralement la fin d’un chapitre, ou au moins d’une sous-partie, pour détourner son attention d’un personnage et passer à un autre, Ellen Kushner saute sans cesse de l’un à l’autre, peint chaque scène de plusieurs points de vue. Tu pourrais croire que cela embrouille et donne le tournis: point de tout. C’est fort bien fait, et une lectrice attentive s’y retrouve parfaitement. Mais cela bouscule la lecture, dans le meilleur sens du terme. Impossible de se laisser porter, il faut y faire un effort.

Et pourtant, cela se lit d’une traite. Des épées, des personnages plus grands que nature, des sensibilités à fleur de peau, des machinations retorses… Il y a là tout ce qu’il faut à un roman d’aventures: urbaines et sans capes, mais je sais m’en passer.

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White teeth, Zadie Smith

19 janvier 2009 · 2 commentaires

White teeth, Zadie SmithLe roman avait beaucoup fait parler de lui à sa sortie, il y a bientôt dix ans, sans me donner envie de le lire. Je dois avoir un compte à régler avec les nouveautés. Freudien. Bref. Je vais à présent être en mesure de briller dans les salons avec le roman dont on parlait il y a dix ans, et c’est ça qui compte.

White teeth, ça raconte des histoires de dents, quoique assez peu, en fait. Surtout des histoires de famille, de secrets de famille, d’arbres généalogiques. De la difficulté qu’il y a à trouver une continuité dans l’immigration, des souffrances de la recherche d’identité, des religions que l’on  renie et de celles que l’on se choisit. Du manque de place, d’air, d’écoute, de sincérité. De secondes chances, de secondes générations.

Et pourtant, je n’ai pas aimé. En réalité, pire que ça, je me suis ennuyée, plus ou moins gravement, pendant quasiment toute ma lecture. Un peu la faute aux personnages, tellement inconséquents, de mauvaise foi, lâches et prétentieux. On peut difficilement reprocher à Zadie Smith de verser dans les bonnes intentions gentillettes: à croire qu’elle veut jouer à la grande cynique. Or je pense qu’une écrivain doit aimer ses personnages, même et surtout s’ils sont sales, bêtes et méchants. Si elle les méprise, comment peut-elle espérer que la lectrice s’y attache?

Oui mais l’histoire, me diras-tu? Les personnages ne font pas tout, une bonne histoire peut rattraper bien des défauts! Hélas, dans le genre de la fresque transgénérationnelle, cela fait longtemps que l’on fait bien mieux. Et l’auteur est tellement prévisible que tous les indices plantés pour préparer un retournement de situation quelques années plus tard sont immédiatement éventés. Il aurait fallu pour me surprendre que l’homme exécuté pendant la guerre soit bien mort, que Machine ne tombe pas amoureuse de Machin, etc. etc.

Et puis sur le dernier chapitre, alors que l’auteur tricote depuis des centaines de pages pour nous offrir un final apocalyptique (au moins!), la lectrice bien déçue n’a droit qu’à un pétard mouillé. Ce n’est pas forcément un hasard: cette galerie d’occasions ratées et d’espoirs déçus n’appelait peut-être rien d’autre. Mais enfin, c’est malgré tout une fin qui sent l’écurie. Bof.

Le bon côté, c’est que j’ai dû galérer sur l’argot de la VO, et j’aime assez être secouée dans mes automatismes de lecture. Et puis le livre, qui est très gros, est écrit tout petit: j’adore. Cela fait partie du contrat que j’ai passé, toute petite, avec les livres – à l’époque où je dévorais les livres de poche de ma mère. Ceci dit, j’aurais mieux faite de relire Guerre et paix

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Ordo, Donald Westlake

18 janvier 2009 · 3 commentaires

Ordo, Donald WestlakeIl y a seize ans, Ordo a épousé Estelle. Mais belle-maman les a bien vite retrouvés, et a fait annuler le mariage, car Estelle était mineure. Ordo a repris sa vie, dans la Marine, et a plus ou moins oublié l’histoire. Et puis il apprend par hasard qu’Estelle est devenue Dawn Devayne, star de cinéma et fantasme vivant. Une femme qui n’a plus rien à voir avec son ex-femme. Et il part à sa recherche, pour comprendre. Et peut-être pour retrouver Estelle.

Ordo est un très court roman, une novella en fait. Dont je ne sais que dire, tant il est d’une simplicité, d’une épure bouleversantes. Il parle de mémoire et d’identité. De ce que l’on désire et de ce que l’on y sacrifie. D’honnêteté. De cette foutue recherche du bonheur.

C’est mélancolique et percutant. Aussi parfait qu’une telle histoire peut l’être.

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Du tabac pour le puma, Juan Hernández Luna

17 janvier 2009 · 4 commentaires

Du tabac pour le puma, Juan Hernández LunaPar où commencer pour te parler de cette pelote embrouillée, dont tu ne parviendras pas, de toutes façons, à tirer un bel écheveau lisse et net?

Par des questions?
Reste-t-on un mari quand sa femme est partie? Reste-t-on magicien quand on ne fait disparaître que le contenu des bouteilles d’alcool? Reste-t-on pompier du moment que l’on garde l’uniforme? Qui gagnera le tournoi de dominos? Le tigre Diablo dévorera-t-il quelqu’un avant la fin du roman?

Par du suspens…
Ce roman te révèlera comment une grève de consommateurs d’électricité peut illuminer le quotidien… cependant que tu t’interrogeras sur les attaques de la Main furtive… et te demanderas si l’homme au pouce replié est bien mort…

Par des affirmations.
Au Mexique il y a des trafiquants d’immigrés clandestins. Au Mexique il ne faut jamais faire confiance aux hommes politiques. (J’aimerais vraiment beaucoup aller au Mexique.)

Et la magie, où est-elle? eh bien, peut-être dans le fait que tous ces éléments isolés rapportés dans de très courts chapitres (mettez dans le chapeau, secouez, c’est mélangé) construisent une véritable histoire. Je ne dis pas que quand j’ai refermé le roman, j’avais tout compris. Je dis que j’avais voyagé, et adoré le voyage.

Pendant la lecture, j’ai beaucoup pensé à Taïbo II, celui de À quatre mains ou Ombre de l’ombre, par exemple: pour la narration éclatée, la prégnance du passé dans un présent tortueux, les personnages excessifs, leur générosité et l’absurdité des leurs enquêtes. Et puis c’était facile, il y avait un appel du pied qui ne se dissimulait même pas, un vrai clin d’œil amical. Si je n’y avais pas pensé toute seule, j’aurais eu du mal à y échapper.

Mais Juan Hernández Luna a une voix, un regard très personnels: à la frontière entre réalisme et absurde, entre noir et poésie, entre tragique et comique. Sur cette frontière, Du tabac pour le puma est un roman qui, à de multiples niveaux, interroge  la validité du monde dans lequel nous vivons, et sa réalité. Oh, sans se prendre au sérieux. Avec humour et mélancolie. Et c’est beau.

Et c’est assez, car aujourd’hui je n’ai pas envie de faire une piteuse note de lecture sur un roman dont j’ai aimé les défauts autant que les qualités, et qui inaugure mon défi “Mexique” si favorablement.
Je vais seulement te conseiller de le lire.

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16 janvier 2009 · Laisser un commentaire

Sur son blog, François Ruffin citait l’autre jour Hector Malot, qui a écrit dans la préface de En famille (1893) rien moins que:

« Je ne voudrais pas refaire le tableau du patron qui rentre dans son château en l’opposant à celui de l’ouvrier qui rentre dans son pauvre garni, il se trouve dans ce roman. Car ce riche château dominant le village où grouille une misérable population ouvrière n’a point été inventé de chic, pour des phrases. Il existe, comme il en existe bien d’autres, de même qu’existent des taudis dont un propriétaire ne voudrait pas pour ses bestiaux. Et c’est parce que les choses sont souvent ainsi que je les ai peintes telles que je les ai vues : – le château au milieu de son parc, avec ses fleurs, son ameublement luxueux, ses serres, ses écuries, ses équipages, sa valetaille ; – le village ouvrier avec sa misère et sa saleté, ses cabarets empoisonneurs et sa débauche. »

Et l’écrivain concluait : « Il faut n’avoir jamais passé quelques heures dans un village industriel pour accepter sans révolte la comparaison qui s’établit entre l’existence du patron et celle de l’ouvrier. »

En famille, Hector MalotJe ne soupçonnais pas l’auteur de Sans famille (mes souvenirs sont lointains, il est vrai) de prises de position aussi délicieusement radicales. Intriguée, j’empruntai donc le tome un d’En famille à la bibliothèque (qui a perdu le deuxième), et trouvai la suite sur le Projet Gutenberg, mille grâces lui soit rendues. Hélas, ni le PG ni Folio Junior n’ont jugé bon de reproduire la préface. Il ne leur reste plus qu’à se nourrir des cacahuètes qu’on leur lancera. Pourtant Folio, qui s’adresse de son propre aveu à des enfants « à partir de 10 ans », se fend d’une fort belle quatrième de couverture, étonnante pour une collection jeunesse. Et plutôt que de pondre un médiocre résumé de l’œuvre, je préfère la copier, tiens.

Une jeune femme meurt, abandonnant sur le pavé sauvage de Paris sa petite fille Perrine. La fillette chemine sur des sentiers peuplés de silhouettes hostiles, de vieillards rogues, de mégères criardes: toute une humanité vibrante et dérisoire ruminant l’âcreté de douleurs enfouies; un monde hanté par les masques grimaçants de carnaval humain.

Le portrait d’une petite âme vaillante et délicate.

1980. Ils ne doutaient de rien, les éditeurs jeunesse, à l’époque. Et tant mieux. Mais passons.

Sur le roman lui-même, qui a tout autant de charme pathétique que Sans famille, je ne dirai rien car je suis feignante. Sur le discours par contre, il s’est révélé un peu différent de ce à quoi je m’attendais. Certes, Malot dénonce l’injustice de ce monde ouvrier exploité, tenu sous la coupe d’un patron tout-puissant. Et son discours est complexe, d’une complexité bienvenue en matière de littérature jeunesse – mais que je ne peux m’empêcher de soupçonner, justement, de visées pédagogiques. Ainsi, il souligne le fait qu’un travailleur n’a pas à être reconnaissant envers celui qui l’emploie du simple fait qu’il l’emploie: celui-ci ne lui fait pas la charité: son salaire, c’est son travail qui le lui gagne. Et c’est bien bon à entendre… Mais il a une vision finalement très paternaliste de la justice sociale.

« Et cependant ce serait une leçon, une grande leçon, car voyez-vous, mon enfant, nous ne pouvons demander aux autres de s’associer à nos douleurs, que lorsque nous nous associons nous-mêmes à celles qu’ils éprouvent, ou à leur souffrance ; et on peut le dire, parce que c’est l’expression de la stricte vérité… »

Elle baissa la voix :

« … Ce n’a jamais été le cas de M. Vulfran : homme juste avec les ouvriers, leur accordant ce qu’il leur croit dû, mais c’est tout ; et la seule justice, comme règle de ce monde, ce n’est pas assez : n’être que juste, c’est être injuste. Comme il est regrettable que M. Vulfran n’ait jamais eu l’idée qu’il pouvait être un père pour ses ouvriers ; mais entraîné, absorbé par ses grandes affaires, il n’a appliqué son esprit supérieur qu’aux seules affaires. Quel bien il eût pu faire cependant, non seulement ici même, ce qui serait déjà considérable, mais partout par l’exemple donné. Qu’il en eût été ainsi, et vous pouvez être certaine que nous n’aurions pas vu aujourd’hui… ce que nous voyons. »

Curieuse idée que ce « n’être que juste, c’est être injuste ». Ainsi, ce qui va au-delà de la justice, cela relève de l’affect, des bons sentiments nécessaires à ces transactions sociales˝: qu’est donc la justice, dans ce cas, et qu’englobe-t-elle?

Cet “au-delà˝ de la justice, Malot le met en œuvre sous les brillantes paillettes du happy end: grâce à la bienfaisante influence de sa petite-fille, M. Vulfran construit aux abords des usines, puis dans le parc du château lui-même, crèches, logements salubres, parcs de loisirs… pour la plus grande reconnaissance de ses ouvriers. Eh oui, les siens.

Comme je ne ne tiens qu’un misérable journal de mes lectures, je m’arrêterai là, et ne détaillerai pas toutes les aspérités moralisatrices qui ont entravé une lecture par ailleurs agréable. Car Malot raconte une histoire, et il la raconte bien.

Pas de justice, pas de paix, Editions ReflexCurieusement (ou pas), j’ai lu au même moment un recueil de « nouvelles résolument non policières, mais carrément noires » édité par Reflex sous le beau titre de Pas de justice, pas de paix. Voilà qui promettait de beaux rapprochements…

Premier rendez-vous en noir pour les Éditions « Reflex »… Mais cette rencontre avec des auteurs de polars est tout sauf le fruit du hasard. Eux placent au premier rang de leurs préoccupations: le crime, le désenchantement social, les surgissements d’une violence refoulée. Leurs textes critiques ont avec nos paroles rebelles un point commun simple et essentiel: ne pas supporter le monde tel qu’il est. Voici donc seize nouvelles, qui parlent de la misère sociale, des flics, des injustices, des oppressions ordinaires… mais aussi des grèves, des révoltes solitaires et collectives, de l’espoir. Seize nouvelles pour dire que la littérature noire, même policière ne sera jamais celle de la police.

Cette quatrième de couverture, à mon très grand regret car le plus triste, c’est qu’elle ne ment pas, eh bien c’est le meilleur texte du recueil. Et pourtant, quelle brochette! Battisti, Bentolila, Chevron, Della Rosa, Deleuse, Delteil, Dumal, Filoche, Gladiator Jonquet, Languetif, Martin, Mesplède, Pouy, Quadruppani, Reboux. Je ne connaissais pas tout le beau monde, mais enfin, dans le tas, il y avait quelques auteurs que j’avais déjà eu l’occasion d’apprécier. Rien à faire, je n’ai pas accroché. Oh, Les roubignoles du destin, par exemple, m’a fait rire – mais enfin, la chute ne m’a pas surprise. Et pour le coup, c’est bien une nouvelle à chute. Tout pareil pour Putain de grévistes, qui comme on le sait sont des empêcheurs de travailler en rond, et c’est tant mieux. Au final, les outrances de La chasse au rhinocéros – ou le difficile combat de l’intégration en milieu rural – ont peut-être ma préférence: plus narquois que noir, très bête et très méchant.

Bref, je m’en veux. J’aurais voulu aimer davantage. Aimer tout court, même.

Comme quoi, il est bien difficile d’avoir confiance, qu’il s’agisse de lecture ou de justice…

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The man in the brown suit, Agatha Christie

14 janvier 2009 · 5 commentaires

The man in the brown suit, Agatha ChristieToi qui lis régulièrement ce blog, tu sais que j’ai une faiblesse maladive pour  les romans d’Agatha Christie, que je relis extrêmement souvent (parce que je les ai déjà tous lus au moins une fois, pauvre de moi). Un rien suffit à réveiller l’envie: cette fois, ce fut un billet d’Erzebeth, fort bien fait ma foi. Et par chance, même si je suis encore loin d’avoir dans la bibliothèque les œuvres complètes de l’auteur, il se trouvait que j’avais The man in the brown suit. Que j’ai déjà lu je ne sais combien de fois d’ailleurs, mais c’est une constante: je ne me souviens jamais, mais alors jamais du coupable, quel que soit l’AG que je relis. Je ne peux que supposer qu’un mécanisme inconscient me fait tout oublier sitôt le livre refermé, pour pouvoir le reprendre sans remords dès que j’en aurai envie. Bref.

Le trait le plus séduisant de ce roman-ci est probablement qu’Agatha Christie s’intéresse, pour une fois, moins à son intrigue tarabiscotée qu’à construire un roman plein d’humour et de fantaisie, et d’un romantisme échevelé. Pas qu’elle renonce à ses crimes, soupçons emberlificotés et coups de théâtre, non. Mais clairement, elle écrit un roman d’aventure, un parcours initiatique, éclairé d’une pointe de folie. Lectrice et personnages sont emportés par l’élan qui anime Anne, l’héroïne, par son insouciance, sa vivacité.

Si vous voulez une vraie note de lecture, lisez celle d’Erzébeth. Moi, je voulais simplement dire, très officiellement, que j’avais adoré.

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Libidissi, Georg Klein

13 janvier 2009 · 3 commentaires

Libidissi, Georg KleinDans l’inquiétante et tortueuse Libidissi, Spaik traîne son corps fatigué de son appartement dans le quartier des papetiers où il vit avec Lieschen, une gamine orpheline, au hammam où il trouve des boys complaisants et une certaine forme de repos, le long des boulevards aux noms désespérément ironiques (Boulevard de la Liberté-de-la-Presse, de la Liberté-d’Opinion). Il avale au hasard des poignées de pilules multicolores, qu’il achète au distributeur, dans la salle d’attente du docteur – probablement pour combattre la terrible maladie de mau. Et il guette l’arrivée de son remplaçant: celui qui devra l’éliminer avant de prendre sa place. Ce que fait Spaik à Libidissi, ce n’est pas très clair. Le plus probable est que les services secrets de son pays l’y ont envoyé en tant qu’informateur. Ce qui est certain, c’est que tout en continuant à envoyer ses étonnants rapports, Spaik leur a échappé: ses employeurs ignorent où il habite, pas plus qu’ils ne connaissent l’existence du très mystérieux correspondant qui lui envoie des messages par une vieille ligne désaffectée du service des pneumatiques.

En réalité, deux tueurs sont chargés de l’éliminer. Leur route et celle de Spaik ne cessent de se croiser, les rapprochant toujours davantage, dans les méandres dangereux de Libidissi où les fanatiques religieux préparent l’anniversaire de la mort du Grand Gahis.

Ainsi que le suggère le titre, le personnage principal du roman n’est aucun des hommes fantomatiques qui se pourchassent, mais la ville, Libidissi, que l’auteur décrit en images frappantes: les vieilles maisons d’argile bleue, le ghetto interdit aux étrangers, les bateaux sur le fleuve victimes d’attentats, le Naked Truth Club ainsi nommé en référence à un aphorisme du Grand Gahis, les rues sillonnées par les taxis et les scooters. Images uchroniques d’une capitale d’Europe centrale, encore marquée par son passé colonial et par la révolution religieuse des Gahistes. Car à mon sens Libidissi relève finalement au moins autant de la science-fiction, ou du moins de la transfiction, que du polar. Et de ce point de vue, c’est une vraie réussite.

Pour le reste, ai-je aimé? Pas vraiment. Le roman manque d’épaisseur, de personnages – même s’il est vrai que la montée de la tension est très bien construite, avec le nécessaire sens de la fatalité que je demande aux romans noirs. Mais Georg Klein, à jouer de toutes ces images et ces faux-semblants, à laisser planer le doute sur tout (Spaik est-il schyzophrène? pourquoi les tueurs ont-ils été envoyés à Libidissi à un moment aussi explosif? qui est Lieschen?), perd sa lectrice, l’enferme dans un labyrinthe sans sortie – ce qui n’a pas été sans me rappeler certain film de David Lynch. Et il est possible en effet qu’il y ait là un discret hommage, dont le nom d’un des personnages se ferait l’écho. Mais moi, je n’aime pas les œuvres de Lynch.

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Couché dans le pain, Chester Himes

12 janvier 2009 · Laisser un commentaire

Couché dans le pain, Chester HimesLe révérend Short carbure aux herbes sauvages: alcool de pêche et laudanum assurent les uns, opium et cherry brandy affirment les autres. Toujours est-il qu’un petit matin, à la veillée funèbre de Big Joe Pullen (musique, alcool, jambon grillé et femmes habillées comme des actrices hollywoodiennes), il se penche trop par la fenêtre et dégringole… dans un grand panier de pain frais. Pour le révérend de l’Eglise de la Sainte-Culbute, être ainsi sauvé par le corps du Christ, cela fait sens. Mais quand il remonte dans l’appartement et explique aux autres ce qu’il s’est passé, tout le monde s’agglutine à la fenêtre et voit, sur le trottoir, un homme couché dans le pain, un couteau dans le cœur.

Ce sont Ed Cercueil et Fossoyeur, les flics noirs de Harlem, qui mènent l’enquête. Et c’est, comme toujours avec ce duo terrible, drôle et violent, amer et triste. Un roman qui est surtout une peinture sociale peu flatteuse  de Harlem, mais qui s’attache, l’air de rien, à dénicher des pépites bien cachées sous la crasse, le clinquant, les mensonges et les mauvaises manières.

Un extrait? Un extrait.

Ils demeurèrent un moment silencieux, à regarder la foule qui déambulait sur les trottoirs dans le crépuscule.
C’était la rue des paradoxes: on y voyait des jeunes filles-mères allaitant leurs bébés, se nourrissant d’espoir; des gros gangsters noirs circulant les poches bourrées de fric dans leurs gigantesques cabriolets aux couleurs éclatantes, en compagnie de leurs poufiasses de grand luxe. Des ouvriers éreintés par leur journée de travail, les épaules collées aux murs des immeubles, profitaient de ce que leurs patrons blancs ne pouvaient pas les entendre pour discuter à haute voix. De jeunes voyous, qui se réunissaient pour aller rosser une autre bande, fumaient de la marijuana afin de se donner du courage. Tout le monde cherchait à fuir les pièces minuscules où l’on étouffait, dans l’espoir de trouver quelque soulagement dans la rue; mais celle-ci était rendue plus étouffante encore par les gaz d’échappement des voitures et par la chaleur qui rayonnait des murs et de la chaussée de ciment.

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Malet, Nicolas Juncker

11 janvier 2009 · Un commentaire

Malet, Nicolas JunckerEnthousiasmée par le Journal d’un cadet de Juncker (je promets une note de lecture, bien en retard, dans quelques jours), j’ai pris à la bibliothèque cette bédé de l’auteur sans trop savoir à quoi m’attendre, les couvertures, la première comme la quatrième, étant plutôt énigmatiques, et je suis tombée sur une œuvre réellement atypique.

Paris, 1812. Maison de santé du docteur Dubuisson. Y sont internés malades et prisonniers politiques. Claude François Malet est certainement un peu des deux. Ex-noble, ex-jacobin, ex-franc-maçon, ex-général, ex-trafiquant, ex-putschiste, depuis plusieurs années, Malet n’a qu’une constante… Malet conspire!

Et ce qu’il veut, en cet automne 1812, c’est s’emparer du pouvoir à Paris pendant que Napoléon s’embourbe en Russie.

— L’Empereur est mort, Lafon! Tué d’une balle dans la tête!
— Que? Mais… comment…
— Comment?!? Mais parce que je l’ai décidé, Lafon! Simplement parce que je l’ai décidé! Tu peux arrêter de prier ton dieu incompétent, Lafon! A partir d’aujourd’hui, il a trouvé son remplaçant!

Armé d’un faux senatus-consulte, secondé par un caporal alcoolique en guise d’aide de camp et d’un étudiant arriviste en guise de commissaire, Malet s’empare du pouvoir à force de folie et d’audace: un coup d’Etat qui n’est qu’une farce sur la crédulité. Et pourtant, tout est vrai dans cette histoire oubliée de l’Histoire. Nicolas Juncker revient dans l’annexe sur ses recherches, se défend d’avoir fait œuvre d’historien avec une véhémence que j’ai pour ma part trouvée amusante, mais il revendique hautement la véracité des faits et, très honnêtement, ses choix effectués parmi des sources contradictoires.

Grands aplats de noir et blanc et prégnance des hachures qui soulignent les fatigues de cette longue nuit pluvieuse, encres aquarellées pour signaler les flash-backs, personnages caricaturaux mais force des corps en constant mouvement, très beau travail de scénarisation plein de jeux de miroirs et de motifs récurrents, une multitude de trouvailles graphiques: si j’ai été relativement déstabilisée par l’histoire, j’ai été par contre totalement emballée par la forme, très maîtrisée. Bref, une bédé qui est, pour ce que j’en sais, passée tout aussi inaperçue que les évènements qu’elle rapporte, et c’est bien dommage.

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