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Entrée de février 2009

Le Llano en flammes, Juan Rulfo

7 février 2009 · 6 commentaires

Le llano en flammes, Juan RulfoJ’ai eu du mal à entrer dans le monde de Juan Rulfo. Peut-être parce que ces dix-huit nouvelles ont les défauts de leur format: très courtes, elles ne racontent pas des histoires, à peine des moments dans la vie des hommes, et peignent les tableaux de la misère qui condamne au malheur, à la violence, à la tristesse.

L’écriture elle aussi, très belle, maîtrisée, procède par images frappantes. Dans un Mexique essentiellement rural, sur une terre ingrate, des paysans prennent les armes et mettent le Llano, leur propre terre, à feu et à sang; une vache emportée par la crue condamne une jaune fille pauvre à la prostitution; des hommes essaient de passer des frontières, de survivre en territoire hostile, d’échapper à la misère, de ne pas mourir. Mais ils en sont incapables: on n’échappe pas à son destin.

Juan Rulfo voit-il tout en noir? Peut-être. Il s’attache en tous cas à décrire un monde incroyablement noir, loin des images (sont-ce des clichés?) que l’on peut avoir d’une Amérique latine pauvre et généreuse, fêtarde et passionnée. La misère n’appelle rien d’autre que la misère. L’amour, rare, est un piège qui n’offre qu’un répit illusoire, quand il ne mène pas à la folie et à la trahison. L’ivresse, y compris celle des jours de fête, dégénère en mélancolie ou en pugilat. La famille est un nœud de serpents, dont l’héritage pèse lourd. Le gouvernement, lointain, invisible, est une sangsue dépourvue de sens politique. Et la révolution, inévitable, dévaste la terre de ceux qui se battent sous leurs propres pieds.

Ce sont des nouvelles qui se méritent. Avec lesquelles il te faudra prendre ton temps. Elles ne sont ni drôles, ni tendres, ni légères. Il te faudra bien affronter le désespoir en face. Mais parfois, c’est tout simplement nécessaire.

défi Mexique

Catégories : NOIR
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Marmite & Micro-Ondes n°22

5 février 2009 · Laisser un commentaire

Marmite et Micro-Ondes n°22Dans un joli conte émouvant, Ketty Steward remonte aux origines et nous rappelle, à nous humains cruellement égoïstes, pourquoi les oignons nous font pleurer (Légende aux petits oignons). Matthieu Grossi réserve d’horrifiques et peut-être métaphysiques surpises à Totor, son héros à la coule et à tête de concombre (L’oisiveté). Mélanie Kalamarius massacre les tomates mais résoud les problèmes de couple (Si même les tomates meurent). Dans son potager, l’oncle Charles génial et farfelu fabrique des graines avec la même fantaisie et les mêmes effets imprévisibles qu’E-Traym met à écrire des histoires (Le potager de l’oncle Charles). Les frères Cuisson, bien sûr, mettent leur grain de sel dans le civet de connil et dans la littérature – celle qu’ils aiment, qu’ils l’aient lue ou pas. Et c’est Le Nootilus qui se colle cette fois à l’illustration du numéro.

Ces créatures du potager sont un vrai régal. Le numéro 22, fort (longtemps) attendu, de Marmite & Micro-Ondes, le fanzine d’imaginaire culinaire, est marqué par l’horreur mélancolique et la poésie absurde, et prouve que le fanzinat, s’il est affaire d’amateurs, ne manque pas de talents.

Tu peux télécharger gratuitement le numéro complet, jouer sur le site, ou même, si le temps se prête à un grain de folie, t’abonner. Quoiqu’il en soit, je te recommande fortement ces légumes, excellents pour la santé.

Catégories : ORANGE
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Adieu poulet!, Raf Vallet

3 février 2009 · 9 commentaires

Adieu poulet!, Raf ValletDe temps en temps, j’aime m’offrir la lecture d’un bon vieux carré noir, tout plein de flingues, de coups qui tombent dur, et d’hommes à la virilité stéréotypée. Souvent des flics, même. Et assez incompréhensiblement* avec des famapoiles sur l’illustration de couverture. Mais j’assume.

Enfin, cette fois, il y a des acteurs connus et habillés sur l’illus. D’où tu tireras, si tu en as envie, la conclusion que Ventura bide en avant et Dewaere perplexe, tous deux en cravate, sont plus vendeurs qu’une blonde anonyme les fesses à l’air. Question de notoriété, probablement. Moi qui suis d’un naturel facile à contenter, les stratégies mercantiles des éditeurs m’enchantent.

Bref.

Soit un commissaire, Vergeat, un peu ripoux mais au fond très peu, pas plus sinon moins que tous ses collègues. Et voilà que c’est sur lui que ça tombe: accusation de corruption. Vergeat n’est pas décidé à se laisser faire. C’est un espèce de shérif, un flic qui travaille le flingue au poing, qui aime se mettre en danger pour la montée d’adrénaline que ça lui procure. Qui essaie, aussi, de combattre le crime, quand tout l’appareil policier et judiciaire, lui, semble consacrer ses efforts à emmerdrer les pauvres types, s’en mettre plein les poches, et empêcher l’opposition d’arriver au pouvoir. L’opposition… la gauche, hein? à cette belle époque où elle était une force d’opposition, presque une menace.

Alors si tous le lâchent, tant pis pour eux. Parce qu’il va s’en sortir.  Il va se barrer loin. Les mains pleines. En foutant un sacré brodel en ville. Et seuls les purs pourront venir lui chercher des poux, les autres trembleront en pensant à tout ce qu’il vaudrait mieux que Vergeat n’ébruite pas. Autrement dit, il est tranquille.

Si j’ai un reproche à faire à Vergeat, c’est son léger côté faux-cul. Il trompe sa femme presque à regret. Il est ripoux mais à peine, il insiste assez là dessus! Or, si tu n’aimes plus ta femme, tu divorces. Si tu es honnête, tu ne l’es pas à moitié. Pas plus que malhonnête, d’ailleurs. On peut ne pas exactement tracer sa frontière personnelle entre bien et mal en fonction des recommandations de la Loi et des convenances, l’amoralité ne me gêne pas. L’immoralité, davantage: j’aime que l’on choisisse son camp.

Pourquoi faire les choses à moitié, alors? Peut-être parce que les lecteurs n’étaient pas supposés prêts à lire profession de foi aussi amorale. Peut-être parce que Vallet n’était pas prêt à l’écrire. Tant pis. Reste une peinture féroce des magouilles mercantico-politicardes d’une ville de province et de ses méprisables élites, un roman plein d’action et de coups fourrés, quelques pages haletantes.

Hé, j’avais parlé de Carré noir, n’est-ce pas? C’en est un bon.

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* incompréhensiblement, parce qu’il n’en est est nullement question dans le bouquin.

Catégories : BLEU
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# pause #

1 février 2009 · Laisser un commentaire

improbable

Pendant que je lis,
je t’invite à te régaler d’improbable.

Catégories : ** Pauses